COVID-19 : des nouvelles du front – Tout n’est pas négatif mais ça dépend pour qui

Avec le troisième confinement qui a démarré officiellement le 4 avril 2021mais sanctionnable que deux jours plus tard, c’est une nouvelle bataille qui vient de perdre le Président Macron dans la guerre qu’il a déclarée au virus.

Les envolées des taux d’incidence et la saturation des urgences hospitalières observées courant mars, ont eu raison de son obstination. Les scientifiques avaient pourtant sonné l’alarme depuis un bon moment. Il semblerait que les commentaires acides du professeur généticien Axel Kahn aient fini par le convaincre.

Il est vrai qu’avec moins de 1% de la population officiellement contaminée, on pouvait considérer qu’il n’y avait encore rien de critique. Malheureusement, quand les urgences débordent et qu’il faut déplacer les malades en province, voire les trier, il est difficile de regarder ailleurs même si cet ailleurs peut paraître tout aussi préoccupant. Je pense à la fermeture des écoles, aux difficultés organisationnelles des familles, aux secteurs économiques pénalisés par les dispositions restrictives, aux travailleurs indépendants, aux étudiants, à la santé mentale des français et j’en oublie certainement.

La guerre est donc loin d’être gagnée. Le virus qui fait partie du monde vivant cherche aussi à faire sa place. Mais si l’homme a la faculté de détruire tout ce qui le gêne et d’imposer sa loi à quiconque, il se heurte là à une opposition d’un autre genre. Faire face à quelque chose d’invisible et de résistant…et d’une puissance redoutable, n’est pas aisé. On le voit depuis plus d’un an, et on assiste en quelque sorte à ce que Michel Onfray appelle dans un excellent ouvrage – que je vous recommande (1), “La revanche du Pangolin” .

Depuis plus d’un an donc le COVID-19 se joue des scientifiques, des chefs d’États, des journalistes. Difficile à localiser, il se permet même de changer de forme (variants) de quoi dérouter les systèmes de détection les plus perfectionnés. La seule arme supposée le combattre est le vaccin sur lequel reposent tous les espoirs de l’humanité. Malheureusement rien ne dit que cette arme de destruction massive en arrivera à bout et que la délivrance tant attendue par le bon peuple qui se languit de l’ouverture des bars, restaurants, cinémas, théâtres, salles de sports… est pour bientôt (à la mi-mai si le Président a vu juste et… juste avant les élections).

Sans vouloir jouer les Cassandre, et reprenant un exemple évoqué par Michel Onfray dans son ouvrage cité plus haut, je rappelle que la Grande Peste médiévale qui a duré 7 ans (de 1346 à 1353) a supprimé la moitié de la population européenne de l’époque. Comme d’autres épidémies qui ont duré trop longtemps, elle a fini elle aussi par s’interrompre miraculeusement, naturellement et… sans vaccins. Ce phénomène d’arrêt inopiné des pandémies mériterait qu’on s’y attarde davantage. Mais au 21 ème siècle, le siècle de l’expansion du commerce et du libéralisme à tout crin, il n’est plus question d’attendre aussi longtemps, d’autant que l’on dispose de produits qui, inoculés, sont supposés renforcer nos défenses contre le virus. Celui du COVID étant moins destructeur que celui de la peste, l’avenir nous dira si les vaccins de toutes marques et provenances seront rapidement efficaces. En tout cas on ne pourra pas reprocher à nos dirigeants de ne pas avoir mis le paquet pour activer la vaccination. Le 6 avril il était question d’ouvrir 300 vaccinodromes ! Les doses seront-elles en nombre suffisant pour alimenter ces machines à piquer ? Et les volontaires au fond des campagnes seront-ils obligés de s’y rendre ?

En attendant, oublions un instant le mauvais côté des choses. La perte de 100.000 de nos concitoyens et plus de 2,8 millions de personnes dans le monde à la fin mars 2021, auront permis malgré tout de tirer de nombreux enseignements à la lumière du fameux adage “A toute chose malheur est bon“. Sans développer chaque observation, en voici quelques unes qui ouvrent des perspectives… et beaucoup d’ inquiétudes :

  • La santé n’a pas de prix parait-il, seulement elle coûte cher en terme de vies et de soins. Les gens mal protégés ne sont plus productifs et meurent en nombre dans des structures insuffisantes. Des efforts seront-ils engagés pour y remédier ? Plans d’action, augmentation des capacités d’accueil, des équipements ? Des dispositions seront-elles prises pour anticiper et produire à l’avenir masques, tests, gels, médicaments, vaccins, machines à oxygène… ? J’en doute profondément. Voir l’interview du docteur Salachas plus bas.
  • L’Europe dispose d’une Commissaire à la santé qui a été étrangement silencieuse pendant la crise. La connaissez-vous ? Elle se nomme Stélla Kyriakídou. Elle est chypriote et, pas de chance pour les européens, psychologue. Une épidémiologiste aurait-elle été plus efficace ? A-t-elle en tant que référence scientifique participé aux négociations secrètes avec les laboratoires ? Ses attributions seront-elles revues pour une meilleure harmonisation des actions entre pays ? Le choix des commissaires européens devrait se faire par les peuples et non sur une sélection arbitraire résultant d’un marchandage entre pays.
  • Une pandémie permet de prendre des dispositions par ordonnances grâce à l’état d’urgence sanitaire prolongeable à souhait; c’est une situation bien commode qui, au nom de la santé publique, offre l’avantage de se passer de l’avis du parlement et permet d’appliquer sans vergogne des mesures liberticides. Il n’en faut pas plus pour écarter les mécontents de la rue car une population effrayée est docile et prête à tout accepter. Très pratique pour des gouvernements qui craignent les oppositions.
  • Le télétravail a gagné ses lettres de noblesse. Il va probablement se pérenniser. Intéressant pour isoler les gens et réduire les flux de travailleurs qui empruntent les transports en commun. La planète va mieux respirer et surtout le réchauffement climatique s’améliorer significativement ! 🙂 Du moins on peut l’espérer. Les écolos devraient se réjouir.
  • Deux catégories de commerces sont apparues durant la crise. Les “indispensables” toujours ouverts (les grandes surfaces où les règles basiques de distanciation sont bafouées) et les “non essentiels” fermés (où les clients pourraient faire la queue à l’extérieur comme ils le font devant les boulangeries). Les non-essentiels lourdement pénalisés seront-ils aussi nombreux à la prochaine pandémie ? Je pense que beaucoup de commerçants tireront les enseignements de cette crise et songeront à se reconvertir.
  • Les paiements par chèque et en petite monnaie se raréfient. La carte bancaire devient la reine des paiements. Dans le même temps, les clients gèrent leurs comptes sur Internet et font le travail du banquier sans voir pour autant diminuer les frais de gestion qu’on leur apostille. Les agences quittent les petites communes. Vive la crise ! Bientôt la suppression des paiements en numéraires comme en Suède ?

De grands bouleversements sont donc à attendre dès que la pandémie sera maîtrisée. De vastes chantiers devraient normalement s’ouvrir. Mais disposeront-ils des crédits nécessaires à leur réalisation (Recherche, Santé, Biotechnologies…), quand on connait les sommes pharaoniques des emprunts contractés pour soutenir l’économie et qu’il faudra prioritairement rembourser ? – Au fait, qui sont les généreux prêteurs ? La Chine ? Les fonds de pension ? Bezos, Musk, Bernard Arnault, Bill Gates ? Très honnêtement je vois très mal cette sortie de crise qui devrait au contraire s’amplifier mais différemment. Pour confirmer mon pessimisme, particulièrement dans le domaine de la santé, je vous propose un extrait d’une interview du docteur Salachas, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, invité à témoigner sur RMC le 01/01/21. Vous l’ignoriez peut-être mais on réfléchit déjà aux hôpitaux parisiens de demain. C’est encourageant me direz-vous, mais ne vous réjouissez pas trop tôt et écoutez ce praticien (47 secondes).

L’interview complète (de 8 mn 27) guère plus réjouissante est disponible ci-dessous pour les plus curieux. Le tri des patients est une réalité. Édifiant ! L’acharnement que manifeste nos autorités à l’égard de l’hôpital est significatif; le message est clair : il doit être rentable avant d’être charitable. De longues périodes de difficultés se profilent à l’évidence pour nos personnels soignants du public. Tiendront-ils jusqu’au bout ?

Les prochaines semaines seront décisives. Les doses de vaccins sont attendues en masse, une embellie est donc prévisible. L’arrivée du soleil devrait aussi participer à cette embellie si l’on en croit une étude américaine. Tous les espoirs sont donc permis. Croisons les doigts !

(1) La revanche du Pangolin chez Robert Laffont – 20€

Photos : Internet – source Exoportail