Urgence aux urgences

Photo : Internet.

En matière de santé, il faut le reconnaître, nos gouvernants, par le bras armé des ministres de la Santé qui se sont succédé ces dernières décennies nous ont particulièrement soignés et, apparemment notre parcours de soins ne serait pas encore terminé. Pour illustrer mon propos voici quelques traitements de choc qui, par leur constance, s’apparentent à un acharnement thérapeutique :

  • Réduction drastique des remboursements pharmaceutiques. Tout à commencé en 1967 par le décret du 67-441 du 5 juin. (JO du 6 juin 1967). (1) Il fixe les conditions de remboursement des médicaments aux assurés sociaux. Mais il faut attendre un arrêté du 12 décembre 1980 pour que l’inscription ou la radiation des médicaments soit arrêtée par le Ministère de la santé sur avis d’une Commission dite de transparence.
  • Réduction du nombre de maternités. (2) Elles ont été divisées par trois en 40 ans. Cette mesure remonte aux années 1970. Seuil minimal 300 accouchements par an ; en-deça on ferme et désolé si la maman doit accouchée en se rendant à la maternité éloignée de 60 kilomètres ! Chiffres qui montrent l’efficacité de la mesure : elles sont passées de 1369 en 1975 à 518 en 2014. (1)
  • Instauration d’un numerus clausus (nombre limité d’étudiants) (3) dans les différents domaines de la santé (médecin, pharmacien, chirurgien-dentiste, sage-femme, infirmière, masseur-kinésithérapeute…). Ce “nombre fermé” qui a pour unique but de limiter les dépenses de santé en réduisant le nombre de prescripteurs, est en vigueur depuis 1972.
  • Création d’un forfait hospitalier qui correspond à une participation à nos frais lors d’un hébergement en hôpital. Ce forfait, de 20 euros en 2018, a été créé en 1983. (4) Il peut être remboursé par votre mutuelle.
  • Forte recommandation, depuis le 1er janvier 2005, de choisir un médecin référent (ou traitant). Ce n’est pas une obligation mais si vous vous en dispensé, vous courez le risque d’un dépassement d’honoraires chez un spécialiste. (5)
  • Réduction du nombre de lits dans les hôpitaux. Mesure qui date de 2005. Généralement un bon gestionnaire prévoit grand ou large se disant qu’au cas où, il est préférable de disposer d’une marge de manœuvre confortable. En matière de santé ce n’est pas nécessaire et tant pis, on (ils) cour(en)t le risque, même si on doit faire face à une forte épidémie (grippe), une catastrophe (nucléaire ou autre) ou un attentat de grande ampleur. (6)
  • Hospitalisation en ambulatoire (courte durée, généralement 1 jour). C’est la loi du 31 juillet 1991 portant réforme hospitalière qui a défini la chirurgie ambulatoire comme une structure de soins alternative à l’hospitalisation ! On rentre le matin, on sort le soir et tant pis s’il faut revenir dans la nuit (je parle en connaissance de cause). (7)
  • Généralisation d’une franchise médicale en vigueur depuis le 1er janvier 2008 qui s’applique aux boîtes de médicaments, aux actes paramédicaux (50 centimes d’euros) et au transports sanitaires (2 euros). Cette mesure était nécessaire car : “Elle concerne des postes de dépenses particulièrement dynamiques en France (sic) : la consommation de médicaments reste en effet l’une des plus fortes en Europe.” Il fallait donc mettre fin à cette gabegie ! (8)
  • Suppression de la vignette pharmaceutique fin août 2014 (8a). Mais le prix du médicaments doit resté accessible quelque part dans l’officine. A vous de chercher ! A défaut il vous reste une solution proposée par Internet : consulter la base des médicaments et des informations tarifaires (Thesorimed). (9)
  • Obligation de souscrire à une mutuelle de santé pour tous les salariés du secteur privé depuis le 1er janvier 2016. C’est rassurant de penser que nos dépenses de santé seront prises en charge. La réalité est toute autre et bon nombre de prestations sont incomplètement remboursées ou exclues de notre contrat obligatoire. (10)

Il est surprenant qu’autant de mesures qui vont à l’encontre des intérêts de nos compatriotes, même s’il est impératif de veiller à une bonne gestion de l’argent public, soient prises par des gens qui ont été choisis par ces mêmes français sans que lesdits français ne s’en émeuvent outre mesure. Tant de passivité et de docilité me laisse sans voix et n’augure rien de bon pour l’avenir. Quelques foyers de mécontentement voient le jour depuis peu (Retraités, Cheminots, EHPA, Infirmier(e)s, avocats, étudiants etc.) mais ces mouvements restent catégoriels et s’ils sont susceptibles de satisfaire quelque peu les contestataires, ils n’apporteront rien à la majorité silencieuse des français. Notre société a besoin de changements en profondeur, d’objectifs précis mais malheureusement je ne vois rien à l’horizon des réformes Macron pouvant susciter une adhésion collective. Par ailleurs, trop d’obstacles notamment dressés par les lobbies et les clubs d’influence barrent la route à tous les changements salutaires.

Pour revenir à la Santé, si après ce pessimisme ambiant dont je fais montre, il vous reste encore un peu de courage et de moral, voici un article récent du Canard enchaîné qui devrait vous inciter à prier pour ne pas vous retrouver dans le service des urgences de l’hôpital le plus proche de chez vous.

(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

 

 

 

 

 

 

(1) https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000870187 (2) https://www.la-croix.com/Sciences/Sante/Le-nombre-maternites-francaises-divise-trois-40-2016-08-17-1200782859 (3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Numerus_clausus_dans_l%27admission_aux_%C3%A9tudes_de_sant%C3%A9_fran%C3%A7aises (4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Forfait_journalier_hospitalier (5) http://sante-medecine.journaldesfemmes.fr/faq/506-medecin-traitant-choix-changement-et-remboursement (6) http://www.irdes.fr/enseignement/chiffres-et-graphiques/hopital/nombre-de-lits-journees-et-durees-moyennes-de-sejour.html (7) http://www.em-consulte.com/en/article/145314 (8) https://www.cnle.gouv.fr/IMG/pdf/Les_franchises_medicales_en_pratique.pdf (8a) https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/9835-Pharmacies-l-affichage-des-prix-des-medicaments-seme-le-desordre (9) https://www.ameli.fr/medecin/exercice-liberal/facturation-remuneration/nomenclatures-codage/medicaments (10) http://droit-finances.commentcamarche.com/faq/44252-mutuelle-sante-d-entreprise-obligatoire-les-regles-legales 

Un commentaire

  1. Bonjour Jean,
    “C’est pas seulement à Paris
    Que le crime fleurit,
    Nous, au village, aussi, l’on a
    De beaux assassinats.” (Georges Brassens)
    Même problème chez nous en Polynésie. Une ex-ministre de la santé (locale) avait même supprimé des cabinets de médecins libéraux pour faire des économies ; j’avais passer un commentaire, pour lui dire qu’elle se trompait, c’est les malades qu’il fallait supprimer.
    Je partage ton article pour mes amis polynésiens.
    Amicalement…

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